2 x Don Giovanni in Lyon and in Clermont-Ferrand with 5 of our artists – reviews

Auditorium National de Lyon, 24 April 2026

Le baryton-basse Louis de Lavignère endosse le rôle de Masetto avec raffinement et style. Sa voix est plutôt chaleureuse, avec un beau legato et, par sa gestion subtile, il rend bien compte de ce paysan bourru, macho mais amoureux…Le baryton Samson Setu met sa voix claire et déployée de baryton au service de Leporello : drôle, entre cupidité, rouerie et attachement à son maître. Une énergie en acte, avec un abattage efficace. Une prononciation qui seconde une voix percutante et subtile, avec des apartés audibles, ce qui est rare. Cela donne envie de l’entendre en Papageno ou Figaro. Olyrix

Leporello est fort bien servi par Samson Setu, annoncé baryton mais disposant d’une assise de baryton-basse à la Van Dam, combiné au brio buffo d’un Corena. Voix dense, timbrée, belle carrure et volume confortable, l’interprète bénéficie d’une excellente articulation, à laquelle s’ajoute une satisfaisante maîtrise prosodique. Outre son beau timbre corsé, une respiration bien gérée dans son Air du catalogue le seconde brillamment. Un peu gêné aux entournures dans le débit syllabique d’école napolitaine (voire dépassé dans « Se mi salvo, in tal tempesta »), il délivre malgré cela, jusqu’au terme du parcours, une prestation attrayante, de haute tenue… Le Masetto proposé par Louis de Lavignère ne manque pas d’attraits, dont une belle étoffe veloutée, soutenant une voix en clef de fa prometteuse. Il convient juste qu’il se garde d’user d’effets en parlando tout à fait inutiles, qui pourraient nuire à un matériau si soyeux. Cela peut aisément se corriger, afin de préserver un précieux artiste, aussi naturellement doté et doué. RésonancesLyriques

Clermont-Ferrand, 26 April 2026

Alix Le Saux campe ainsi une Elvira d’une superbe intensité. Dès son « Ah, chi mi dice mai », la voix ample, au registre grave généreusement timbré, déploie une palette allant de la fureur vengeresse à l’abattement le plus poignant. Son « Mi tradì quell’alma ingrata », chanté à la limite de la rupture, suspendue sur le fil de la douleur, a ému la salle. Scéniquement, elle incarne superbement cette femme déchirée entre l’amour et la haine, passant des éclats de voix aux sanglots contenus, et sa complicité électrique avec Anas Séguin nourrit chaque instant partagé. Présente ce soir-là, Chantal Santon Jeffery (contre Marianne Croux le lendemain 26 avril), relève le défi vertigineux de Donna Anna avec une autorité confondante. Le timbre est rond, parfaitement projeté, sans jamais forcer ni durcir dans l’aigu. Son « Or sai chi l’onore », où il faudrait trouver la furie vengeresse sans sacrifier la pureté mozartienne, est un modèle de maîtrise : attaques franches, legato ardent, aigu libéré comme une flèche. Face à la retenue presque compassée de Don Ottavio, Anna semble porter à elle seule tout le poids du deuil et de la vengeance, une interprétation d’une tenue dramatique exemplaire. Michèle Bréant est une Zerlina irrésistible. La voix, fraîche et fruitée, possède un timbre de jeune première au charme immédiat. Son « Batti, batti, o bel Masetto » n’est jamais une simple jérémiade : elle joue la candeur manipulatrice avec un art consommé, modulant le volume, arrondissant les voyelles, suscitant le sourire complice de la salle. Le duo avec Don Giovanni, où elle se laisse ensorceler tout en gardant un regard malicieux vers le public, prouve une maturité scénique impressionnante pour une jeune chanteuse. Le passage à la séduction est d’un naturel désarmant. ClassiqueNews